
Jean-Luc Gaignard expose une impressionnante collection, dont une quarantaine de motos, datant de 1903 à 1940.
Franck DUBRAY.
Il ouvre un musée Harley dans le vignoble nantais
Il sera le 2e musée au monde après celui de Milwaukee, aux États-Unis, où est née la légendaire marque américaine de motos. À Maisdon-sur-Sèvre, le château de la Bidière, une ancienne propriété viticole du pays nantais, ouvre ces jours-ci la Grange aux Harley.
Loin de couler une bielle, le phénomène Harley est plus que jamais vivace. Le club de la marque, le HOG (Harley Owners Group), fondé en 1983, compte plus d'un million d'adhérents dans le monde, dont 13 000 en France. Collectionneurs passionnés ou bikers du dimanche amateurs de balades pépères, ils partagent le même état d'esprit. Parlent de « liberté », de « fierté » et de « communauté ». Se retrouvent, tous boulots et tous statuts confondus, pour des virées le week-end.
« La Harley, c'est le choix de la balade plutôt que de la performance, la moto qui se prête le mieux à rouler doucement, tout en ayant de fortes sensations. Le tout sur un support très beau », explique Christian Boucard. Qui y voit aussi « la possibilité d'adapter sa moto à sa personnalité, grâce à un très grand nombre d'accessoires ». Concessionnaire de la marque à Nantes et à Tours, il est à ce titre pilier d'un « chapter » (une antenne locale du HOG) d'une centaine de motards.
Des bikers plutôt vernis car ils n'auront pas loin à aller pour découvrir le musée Harley, à Maisdon-sur-Sèvre. La balade jusqu'au château de la Bidière emprunte la sinueuse « route touristique du vignoble ». Vingt kilomètres tout au plus. « On se réjouit, car il propose des motos jamais importées en France », note Christian Boucard. Journalistes anglais et américains, presse spécialisée, s'y intéressent également déjà. Le seul autre musée au monde, créé en 2008, est aux « States », à Milwaukee, dans l'État du Wisconsin.
À l'origine du projet, une rencontre entre deux passionnés. Jean-Luc Gaignard, historien de la marque et collectionneur de motos et vélos, habite en Mayenne. Pendant vingt ans, il a monté des expositions en France et à l'étranger. Régis Bougnoux, pilote automobile et propriétaire du site, souhaite de son côté faire revivre l'ancienne propriété viticole en y organisant des fêtes, mariages et séminaires. Leurs passions sont complémentaires : bingo.
« Je voulais faire un lieu où l'on raconte l'histoire de la Harley d'une façon très dynamique, avec une scénographie, des films et des images d'époque, une mise en lumière des modèles. Pas un musée où les motos s'alignent côte à côte... »
Un mythe à partager
Jean-Luc Gaignard est du genre modeste. Disert sur ses intentions, taiseux sur les six mois de manches retroussées pour aménager la grange du XVIe, sabler les murs, dessiner les trompe-l'oeil ou encore reconstituer des façades de magasin avec de vieilles vitres. Il fait tout lui-même. Mais ne le dit pas.
« Ce qui me botte, c'est d'emmener les gens dans le rêve, de leur faire partager le mythe... » La visite commence par une petite cabane en planches, de 8 m2. À l'intérieur, des machines outils, des vieilles selles, des cadres... « C'est dans une cabane comme celle-là au fond du jardin de leurs parents que les trois frères Davidson, associés à William Harley, ont construit leurs premières motos en 1903. Après avoir démarré dans la cuisine. »
Point de départ ? Un vélo à moteur De Dion Bouton sorti en 1902. Jean-Luc Gaignard l'a retrouvé il y a vingt-cinq ans. Pièce unique, il est visible dans la Grange aux Harley, aux côtés d'une quarantaine de modèles datant de 1903 à 1940.
La visite se déroule en tableaux animés. Ici, un véhicule de livraison Ford T de 1918, « arrivé en ruine de Salon-de-Provence il y a cinq mois » et tout restauré. Là, une Harley Liberator de 1943, « il y en a eu des milliers lors du Débarquement. » Suspendu, un « pou du ciel », avion monoplace des années 1930 à moteur Harley, très rare. Levez la tête, il y en a partout !
Une autre salle, juste à côté, met en scène des motos Indian. Moins massives, plus pures dans leurs formes que les Harley, elles ont été les grandes concurrentes de la marque. La production se faisait à Springfield, et a connu ses heures de gloire de 1910 à 1920.
Et ne partez pas sans avoir jeté un oeil à la salle des pilotes. Le domaine de Régis Bougnoux. Des histoires de voitures de course, mythiques là encore, avec notamment une Formule 1 Jordan, qui a couru le championnat du monde en 1992...
Château de la Bidière, 44690 Maisdon-sur-Sèvre. Visite uniquement sur réservations et en groupe. 15 € par personne. Contact : Jean-Luc Gaignard au 06 12 64 76 49.
Katia MALARET, Ouest-France
