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mardi 25 novembre 2008

La crise fait tanguer le berceau d'Opel


Deuxième exportateur mondial, l'Allemagne est en récession. L'industrie automobile, dont dépend un salarié sur sept, est, là aussi, à la peine. A Russelsheim, siège d'Opel, l'avenir apparaît bien incertain. Qu'elle est loin l'époque bénie où il suffisait de produire pour vendre !

RUSSELSHEIM (de notre envoyé spécial). C'est une ville comme on en voit peu. Une ville-usine, où l'on a d'abord construit les ateliers avant de faire pousser les maisons qui vont avec. Russelsheim, 60 000 habitants dans la grande banlieue de Francfort. Le siège historique de la firme Opel.

Imaginez : des hangars et des bâtiments sur une surface grande comme la principauté de Monaco. Tout cela enclavé dans l'urbain, le dévorant au point que, quand on se balade dans le quartier de la gare ou près de Markt Strasse, on ne sait plus très bien si on est chez Opel ou si on est en zone piétonne.

Aujourd'hui, ces dizaines d'hectares ont des allures de décors de films après un tournage. Il y a encore des lumières derrière les fenêtres, on devine encore trace d'activité humaine. Mais plus rien à voir avec naguère, lorsque « aux changements d'équipe, les rues étaient envahies de milliers de bleus de travail qui rentraient chez eux à bicyclette », comme s'en souvient Kurt Röder, au service économique de la Ville.

Syndicaliste à IG Metal, Bernhard Grünewald a connu cet âge d'or. Lorsqu'il entre chez Opel comme ouvrier professionnel, en 1977, le site de Russelsheim emploie 45 000 salariés. Pour fabriquer une voiture, on ne se contente pas d'assembler des pièces construites par d'autres comme c'est le cas maintenant. Tout - ou presque - est produit sur place. « Ici, on faisait des moteurs diesel », explique-t-il en montrant les murs du « bistro Adam's ». Il se souvient - mais sans nostalgie car ces temps-là étaient rudes - des ateliers si vastes « qu'on ne voyait pas le bout en entrant », des odeurs, du bruit surtout. Travailler chez Opel, c'était l'assurance d'être bien payé et d'avoir un emploi à vie. On s'y pressait. Les « Opelaners », comme disaient les Allemands. Ouvriers de père en fils, et pas mécontents de leur sort.

Époque bénie où l'on vendait tout ce qui se fabriquait. « Mais, à partir de la fin des années 1970, la qualité a commencé à baisser, avec l'arrivée des ' cost killers ', les ' tueurs de coûts ', dont les calculettes, assure Bernhard, ont failli tuer la boîte. « Opel, pour les Allemands, c'étaient d'abord des voitures très fiables. » Elles se sont mises à tomber en panne. Énorme perte d'image, ventes en chute. Cela fait vingt ans que la firme de Russelsheim paie les pots cassés.

Comme toujours en pareil cas, l'actionnaire a réduit la toile. Des suppressions d'emplois ont accompagné la mise en oeuvre de nouveaux process de fabrication.

Une usine nouvelle a été construite, rendant inutiles des centaines de milliers de mètres carrés de bâtiments en pleine ville. Les effectifs ont fondu. Plus que 16 000 salariés, dont seulement 3 500 sur les chaînes de montage. Et un département recherche et développement hypertrophié qui compte près de 8 000 ingénieurs et techniciens travaillant aussi pour Saab, Vauxhall, BMW, Mercedes, Chevrolet...

Hélène Shunk a connu l'époque « d'avant ». Française, mariée à un Allemand, elle est arrivée en 1964. « C'était une ville riche, elle ne l'est plus », tranche-t-elle. Dans les années 1960 quand rien n'était trop cher tant Opel payait d'impôts, « on a construit deux piscines couvertes, un théâtre, des écoles, une grande mairie. » Maintenant, la ville est endettée, car l'argent n'arrive plus. « Seulement 16 millions d'euros par an, dix fois moins qu'avant », assure-telle. Elle cite les rues jadis « cossues » et désormais « mal entretenues », des magasins qui ont disparu. Et l'arrivée massive des immigrés qui représentent maintenant un quart de la population.

« J'avais trente salariés, je n'en ai plus que dix », confirme Maria Hartmann, qui vend des vêtements dans le centre. « Mes clients viennent de plus en plus de la périphérie », constate le bijoutier Gerald Weyer. « L'immobilier a perdu de la valeur. Environ 20 % », ajoute Gabriela Höll, gérante d'une société d'informatique. La litanie des regrets, à laquelle s'ajoute maintenant cette grande frayeur : et si Opel fermait ? General Motors, le propriétaire américain, est dans la panade. Il doit deux milliards de dollars à sa filiale qui en a un besoin vital. Mais refuse de payer. Le gouvernement d'Angela Merkel a promis d'intervenir, en cautionnant un emprunt. Jusqu'où ira-t-il ?

« Dans les ateliers, on en parle souvent, on est inquiet. Personne ne sait de quoi demain sera fait », témoigne Michael, 26 ans, cueilli à la sortie du travail. Mais, Horst, ingénieur de 37 ans, est confiant : « C'est la situation de General Motors qui est mauvaise, pas celle d'Opel. » Il parle de l'incomparable savoir-faire des bureaux de Russelsheim, de la qualité retrouvée des produits Opel. Comme par exemple, le nouveau modèle Insignia fabriquée exclusivement à Russelsheim à partir de janvier. « Le sort de l'usine est très lié à sa réussite commerciale », analyse Gerald Weyer, le bijoutier. Au début de la semaine, l'Insignia a été élue « voiture de l'année ». Après tant de déconvenues, enfin une bonne nouvelle !

Source : Ouest-France - Marc Mahuzier

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